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se peigne ; une femme endormie ; une autre qui se réveille ; un baby qui se débat dans ses langes ; un portrait… Et n’allez pas chercher, autour de ces figures, des mobiliers, des bibelots, des étoiles joliment drapées, des ciels même. (M. Gustave Geffroy a noté que Carrière n’avait jamais peint un ciel.) Il n’y a rien de tout cela, par quoi les peintres, ordinairement, éveillent la curiosité futile et flattent les manies vulgaires de l’incompréhensif public ; il n’y a, dans cette vie révélée par les âmes, dans ces énigmes déchiffrées, que sont le front d’un homme et le regard d’un enfant, il n’y a que du mystère, qu’une atmosphère confuse et trouble, où la lumière se concentre, atténuée, sur les parties choisies et caractéristiques du tableau, laissant dans le vague les parties inutiles qui se prolongent et s’achèvent en rêve. Il semble d’ailleurs que le moindre accessoire détonnerait dans l’harmonieuse, étrange et si logique unité de ces conceptions personnelles, distrairait l’esprit de l’idée qu’a voulu exprimer l’artiste, et qu’il résume dans un accent de visage et, souvent, dans un simple geste, dans un simple mouvement du corps, devenu, tant il est évocateur, le tableau tout entier. Cette façon de sentir et de rendre l’émotion n’est nullement arbitraire, comme d’aucuns le disent ; elle est absolument conforme à la vérité physiologique. Lorsqu’un objet vous a