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Page:Millaud - La Créole.pdf/25

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LE COMMANDANT.

En voilà assez, je ne veux pas en savoir davantage, ça me suffit. Je ne t’enverrai pas aux colonies, tu resteras ici, et tu vas te marier, et de ma main encore…


RÉNÉ.

Vous y tenez donc bien à me marier ?


LE COMMANDANT.

Pourquoi donc crois-tu que je t’ai fait quitter Paris, dont tu ne voulais pas démarrer ?…


RÉNÉ.

Mais, pour payer mes dettes. Voici votre lettre, celle que vous m’avez écrite pour me faire venir ici, à la Rochelle. (Il lit.) « Il y a des avaries dans ton bissac, tu as des dettes, viens vite, ton oncle te radoubera ! »


LE COMMANDANT.

Eh bien, qui te dit le contraire. (Il tire un papier de sa poche.) Voici la dot que je te donnerai tout à l’heure, après le mariage, tes dettes payées, mon château de Lamirande à trois lieues d’ici, et mille livres de pension par mois.


RÉNÉ.

Oui, tout cela serait fort agréable, mais sans le mariage.


LE COMMANDANT.

Oui, je te vois venir. Depuis que tu es émancipé, tu mènes une vie de turlupin, aussi je te marie, et si tu refuses, je te déshérite et je te donne ma malédiction.


RÉNÉ.

Mais, mon oncle…


LE COMMANDANT.

Voici ta future, elle descend ; c’est un ange, entends-tu ? je te donne un ange.


RÉNÉ.

C’est quelque monstre, bien sûr.