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BALLADE


Te voilà, Printemps, vieux jeune homme,
Avec tes vertes frondaisons
Et le drap vert de tes gazons !
Ah ! tu n’es pas très neuf, en somme !

Et pourtant, dès que tu parais.
Les bruns garçons, les filles blondes
Autour de toi dansent des rondes
Comme les mouches dans les rais

De soleil. Ohé ! les poètes !
Amours, beaux jours, chansons, pinsons,
Aveux, doux vœux, frissons, buissons…
Joli mois de mai, tu m’embêtes !

Aube claire de rose thé,
Crépuscule d’héliotrope,
Tout cela me rend misanthrope.
Car je n’ai plus, en vérité,

L’âge des emballements roses :
Quand je rêvais que le destin
Me servirait, chaque matin.
Une princesse avec des roses