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internationale ne vous paraît pas utile, nécessaire ? N’êtes-vous pas d’avis que si cette langue existait, il faudrait s’y mettre tout de suite ? Ne croyez-vous pas qu’il serait plus que coupable, ridicule, criminel même de posséder un tel instrument de progrès et de civilisation et de le délaisser ? » Quand nous faisons ces questions et d’autres semblables, la réponse, toujours la même, se résume ainsi : « Mais oui ! Mais évidemment ! Certes, cela va de soi ! » Et toujours aussi cette réponse s’accompagne chez l’interlocuteur d’un regard de côté qui signifie clairement : « Est-ce qu’il me prend pour un imbécile celui-là ? »

Eh bien, Mesdames et Messieurs, ces questions, sous une forme certainement plus parlementaire ou plus diplomatique, les partisans de la langue internationale ont résolu de les poser l’an prochain, non pas à des interlocuteurs vulgaires, mais à l’élite des savants et des écrivains du monde civilisé. Et ils ont l’outrecuidance de croire que, aux termes près, la réponse ne diffèrera pas de celle que j’ai rapportée tantôt.

En 1904, c’est-à-dire l’an prochain, aura lieu à Londres la réunion triennale de l’Association internationale des Académies, composée des représentants les plus éminents de la science, des lettres et des arts du monde entier.

Sur l’initiative de deux savants, qui se sont voués corps et âme à la propagande en faveur de la langue internationale, M. Couturat, professeur à l’Université de Toulouse, et M. Leau, docteur ès-sciences de l’Université de Paris, il s’est formé une délégation chargée de défendre devant la savante assemblée de Londres la cause de la langue internationale. Cette délégation se compose des délégués des congrès internationaux de 1900 et des sociétés françaises et étrangères qui ont adhéré à la déclaration que je vais vous lire et qui est le programme officiel de la délégation :

« Les soussignés, délégués par divers Congrès ou Sociétés pour étudier la question d’une langue auxiliaire internationale, sont tombés d’accord sur les points suivants :

» 1o Il y a lieu de faire le choix et de répandre l’usage d’une langue auxiliaire internationale, destinée, non pas à remplacer dans la vie individuelle de chaque peuple les idiomes nationaux, mais à servir aux relations écrites et orales entre personnes de langues maternelles différentes ;

» 2o Une langue auxiliaire internationale doit, pour remplir utilement son rôle, satisfaire aux conditions suivantes :

 » Première condition. — Être capable de servir aux relations habituelles de la vie sociale, aux échanges commerciaux et aux rapports scientifiques et philosophiques ;