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sont au premier abord familiers à tout Européen de culture moyenne. L’autre tiers est pris dans les langues germano-slaves, mais paraît familier aux Latins à cause des voyelles o, a, e, i, u, qui terminent tous les mots, et qui donnent à l’Espéranto son aspect caractéristique de langue néo-latine.

À ces 1 000 mots-racines s’ajoutent les 32 affixes pour former le dictionnaire le plus riche qu’on puisse souhaiter.

Je veux être bref, mais voici quelques exemples :

Le préfixe mal indique les contraires : bona, malbona, riĉa, malriĉa, bon, mauvais, riche, pauvre.

Le suffixe in marque le féminin :  patro, patrino, pordisto, pordistino, bovo, bovino, etc., père, mère, etc.

Le suffixe ist indique la profession : militisto, kuracisto, kuiristo, soldat, médecin, cuisinier.

Le suffixe ar indique la collection : arbaro, stuparo, manĝilaro, forêt, escalier, couvert.

Le suffixe il indique l’instrument : hakilo, tenilo, kudrilo, gvidilo, etc., hache, poignée, aiguille, guidon, etc.

Ici, Mesdames et Messieurs, il me semble vous entendre dire : « Très ingénieux votre Espéranto, très habilement agencé, mais enfin, est-ce que ça sert, et à quoi ça sert-il ? Et en supposant que, comme nous, les étrangers l’apprennent, arriverons-nous à nous entendre ? »

Je réponds par des exemples :

Pour l’Espéranto écrit, nous avons des données précises : plusieurs Espérantistes tarbais ici présents sont entrés en correspondance avec des camarades étrangers. Des lettres et des cartes postales ont été échangées avec des Russes, des Allemands, des Anglais, des Espagnols, des Scandinaves, des Hongrois et des Roumains, sans compter les Belges et les Hollandais. Eh bien, l’Espéranto de ces divers correspondants ne diffère pas plus que ne pourrait différer le français de dix correspondants pris au hasard dans les diverses provinces françaises.

Pour l’Espéranto parlé, nous n’avons pas d’expériences personnelles à offrir, mais nous pouvons nous appuyer sur des témoignages dignes de foi. IL y en a des centaines. En voici deux :

Un Espérantiste de Dijon, M. Méray, doyen de la Faculté des sciences, voit, un jour, arriver chez lui un colonel suédois, connaissant l’anglais, mais ne sachant ni le français, ni l’allemand,