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restait homme, — homme pour haïr toujours plus, — principe pour ne point pardonner.

Marat le lui avait dit, dès 1790 (24 octobre), qu’il tendait à l’Inquisition. Il voulait alors comprendre dans les criminels de lèse-nation, non seulement ceux qui attaquaient l’existence physique de la nation, mais son existence morale. Dès lors, lui dit très bien Marat, il vous faudra mettre à mort les libertins ; ils attaquent à coup sûr les mœurs de la nation. L’Évangile même ne sera pas à l’abri ; son précepte d’obéir aux puissances peut devenir une attaque directe à la moralité politique de la nation.

Cette tendance ultra-moraliste eût été loin, sous Robespierre, si les circonstances, violemment politiques, n’y eussent fait distraction. Déjà on commençait à porter, soit aux Jacobins, soit à la Commune, des causes d’adultère et autres affaires morales, qui au Moyen-âge regardaient l’autorité ecclésiastique.

Robespierre avait une chose très propre aux natures de prêtre, c’est que ses vertus s’arrangeaient à merveille avec ses vices et leur prêtaient, en quelque sorte, une assistance fraternelle. Sa rigueur de mœurs et de pensée lui sanctifiait ses haines. Ses ennemis, ses rivaux, même ses amis peu dociles, ceux qu’on appelait indulgents (Danton, Desmoulins, Lacroix, Fabre d’Églantine), il les sacrifia d’autant plus aisément qu’il put les condamner comme censeur des mœurs[1].

  1. Je tiens le récit suivant d’un ami de Robespierre, d’un ennemi de