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ment d’adresse, de sens et de raison, de modération. Il y rappela tout le monde et finit par emporter les applaudissements de tous les partis.

Isnard avait fait une faute, une grande faute. Il avait été maladroit et injuste. Paris était, en réalité, très favorable à la Convention.

Il n’y avait pas un quart d’heure qu’Isnard avait dit le mot fatal, et déjà il était répandu dans le faubourg Saint-Antoine. On se disait avec horreur : « Le président a demandé l’anéantissement de Paris. »

Ce qu’avait dit Isnard le 25 mai, Barère l’avait dit le 10 mars (sauf la solennité de la forme, sauf le ton lugubre, l’air sinistrement prophétique). Personne n’y avait pris garde.

Ce mot, répété, commenté, à grand bruit, par tout Paris, fit l’effet d’une tempête. On montrait dans le lointain les armées des départements venant démolir la capitale, s’en disputer les débris. Le 25 au soir, les comités révolutionnaires, se prévalant du mot d’Isnard, du sinistre effet qu’il eut dans Paris, firent un essai de leurs forces. L’essai se fit dans la Cité, dont le comité avait près de lui l’assemblée de l’Évêché et le tribunal révolutionnaire. On y arrêta cinq personnes « qui avaient parlé mal de Robespierre et de Marat ». L’ordre était signé du président de la section, Dobsent, juge du tribunal révolutionnaire, et qui semblait, à ce titre, à peu près inviolable.

Le choix d’un tel homme pour faire l’essai dan-