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d’indignation, s’il était frappé d’une autorité qu’il croyait impartiale.

La sagesse et la noblesse du projet étaient encore en ceci, qu’on devait adresser la réquisition aux meilleurs citoyens, aux plus ardents patriotes, c’est-à-dire à ceux dont la volonté et le dévouement étaient prêts au sacrifice. Beaucoup voulaient et ne faisaient rien, se donnaient de cœur et pourtant restaient. À ceux-là la Loi venait dire, par l’organe d’une haute autorité : « Tu es le meilleur, donc tu es à moi. Tu voulais partir, tu serais parti, sans ta mère ou ta maîtresse… Eh bien, pars, je viens t’affranchir, te venir en aide, trancher de mon commandement ces liens, trop chers, que tu ne peux délier… Grâce à moi, tu seras libre, tu voudras ta volonté ! »

Ce mélange de nécessité et de volonté était la sagesse même, plus sage que la Gironde, qui ne s’adressait qu’à la volonté, plus sage que la Montagne, qui imposait tout par nécessité.

Ceux qui présentèrent le projet n’étaient point des égoïstes qui voulussent imposer aux autres les charges qu’ils ne partageaient pas. Ce qu’ils proposaient réellement, c’était de partir eux-mêmes. La réquisition qu’ils adressaient, comme autorité, ils y répondaient comme soldats.

Le département de l’Hérault s’appliqua ce beau principe qu’il posait, d’une réquisition éclairée, consentie, adressée surtout à ceux qui voulaient la réquisition, et il en sortit une des gloires de la