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de Vernier et silencieusement allèrent effacer leurs signatures.

Quelle était dans tout ceci l’attitude de Danton ? Déplorable, il faut le dire.

Cette grande force de Danton, que tous les partis auraient dû tant ménager, comme la seule peut-être qui eût sauvé la République, ils l’avaient détruite à l’envi.

Les Girondins l’avaient détruite en le rendant suspect de connivence avec Dumouriez, l’abaissant aux apologies, le jetant aux Jacobins.

Les Jacobins, de leur côté, l’avaient détruite, cette force, d’une manière indirecte, n’attaquant point Danton, mais les amis de Danton, par exemple Fabre d’Églantine.

Danton allait, entraîné au mouvement des Jacobins. Il lui donna, le 13 avril, un triste gage de dépendance, lorsque, à la suite d’une motion de Robespierre, il accepta le principe que les Jacobins, champions de la guerre défensive, avaient toujours soutenu : « Que la Convention ne s’immiscerait point dans le gouvernement des autres puissances, et ne souffrirait pas qu’une puissance s’immisçât dans le régime intérieur de la République… » Ce n’était pas moins qu’abdiquer le décret du 15 décembre, le décret de la croisade révolutionnaire, avoué si haut de Danton !… La Révolution promet de ne plus se mêler des affaires des autres, d’être isolée, égoïste ! Ridicule hypocrisie qui ne pouvait tromper l’Europe ! Comment lui faire croire, en 1793, que la