Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/468

Cette page a été validée par deux contributeurs.


des Orléans, que défendaient alors Robespierre et la Montagne.

Dans cette mémorable improvisation, Vergniaud constata d’une manière solide et durable son grand titre devant l’avenir, — plus que la gloire du génie, — la gloire de l’esprit de concorde, — éternel piédestal où l’histoire le voit encore.

« Vous nous reprochez d’être modérés. Rendez-nous-en grâce… Lorsque avec autant de fureur que d’imprudence on s’est écrié : Plus de trêve, plus de paix !… si nous eussions accepté ce cartel contre-révolutionnaire, vous auriez vu accourir des départements contre les hommes de septembre des hommes également ennemis de l’anarchie et des tyrans… Vous et nous, nous périssions, consumés de la guerre civile… Nous avons, par notre silence, bien mérité de la patrie… »

Ceci était pour Danton. Pour Robespierre, Vergniaud rappela qu’au comité de défense, chargé avec Condorcet de la rédaction, il avait prié Robespierre de s’adjoindre à eux.

« Nous sommes des modérés, dit-on. Au profit de qui ? Des émigrés ? Nous avons voté contre eux les mesures de rigueur que commandait la justice. Au profit des conspirateurs ? Nous avons appelé sur eux le glaive des lois. On parlait sans cesse de mesures terribles. Moi aussi je les voulais, mais contre les seuls ennemis de la patrie. Je voulais des punitions et non des proscriptions. Quelques hommes font consister le patriotisme à tourmenter, à faire couler