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un nommé Fichet, de Givet : « Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? dit-il hardiment à Dumouriez, en montrant les Autrichiens. Et qu’est-ce que ces lauriers qu’ils portent… Ils viennent nous insulter ? »

Les Allemands, vainqueurs ou non, aiment à porter, dans le temps des premières feuilles, quelque verdure au chapeau.

« Ces messieurs, dit Dumouriez, sont devenus nos amis… Ils seront notre arrière-garde… — Eh quoi ! s’écria Fichet en frappant du pied, ils vont donc entrer en France ! ils fouleront la terre de France !… Nous sommes bien assez de monde pour faire la police chez nous… C’est une honte, une trahison !… Vous allez leur livrer Lille et Valenciennes ?… » Il répétait, furieux : « Honte et trahison ! »

Ces mots coururent toute la ligne. Dumouriez fut ajusté. L’arme, détournée, fit long feu. Mais un bataillon tout entier eût tiré sur le général. Il tourna bride, voulut aller vers Orchies, c’était trop tard ; — à Saint-Amand, trop tard encore. Dampierre était contre lui, et Lamarlière, peu à peu tous les généraux. Au moment qu’il quitta le camp, l’artillerie avait attelé ; elle partait pour Valenciennes. Et tout le reste suivit, un peu à la débandade, laissant le trésor de l’armée, tous les équipages. Un seul régiment ne voulut pas quitter Dumouriez ; c’étaient des hussards, la plupart Allemands. Trois régiments restèrent en arrière, ne sachant à quoi se décider.

Le jeune duc d’Orléans n’avait pas suivi Dumouriez à sa dangereuse revue. Sacrifié par lui dans la pro-