Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/429

Cette page a été validée par deux contributeurs.


elle prit dans son péril même une vigueur prodigieuse. Elle s’organisa un gouvernement, leva des armées, lança ses vaillantes colonnes par toute la Loire-Inférieure, parfois au delà.

Le 13 mars, tous les corps constitués de la ville s’unirent en un seul, formèrent un corps souverain. Ils mirent les caisses publiques au château de Nantes, créèrent des cours martiales pour suivre les colonnes armées et juger sur les lieux les rebelles pris les armes à la main ; ils organisèrent dans la ville un tribunal extraordinaire sans appel, et, pour avertir les royalistes que le moindre mouvement dans les villes serait puni de mort, ils ordonnèrent que d’avance on dressât la guillotine.

Ce qui remplissait Nantes et toutes les villes de l’Ouest d’une mystérieuse terreur, c’est que l’insurrection était anonyme, elle n’avait pour chef aucun homme connu. On ne savait bien d’abord ni les hommes, ni les faits, ni les causes.

Sauf MM. de Sapinaud et de Royrand, sur un point de la Vendée centrale, il n’y avait encore aucun général noble. Sapinaud lui-même arma malgré lui, forcé par les gens du pays. « Mes amis, leur disait-il, vous allez être écrasés. Un département contre quatre-vingt-deux, c’est le pot de terre contre le pot de fer… Croyez-moi, rentrez chez vous. » Charette et M. de Bonchamps firent aussi cette réponse. Ils prirent les armes pourtant, ainsi que M. d’Elbée, et furent malgré eux commandants de petites bandes du voisinage, mais nullement généraux.