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canon. Ils emmenèrent celui-ci, le baptisant du nom de Missionnaire, ayant foi dans ses vertus et convaincus qu’à lui seul il convertirait les républicains et leur ferait faire leurs pâques.

Une belle coulevrine, qu’ils prirent peu après par la même audace, tint compagnie au Missionnaire sous le nom de Marie-Jeanne. Toute l’armée en raffolait. On la perdit, on la reprit, avec un deuil, une joie qui ne se peut dire.

Sur la route, ils entraînaient tous les paysans de gré ou de force. Des prêtres se joignirent à eux et leur dirent la messe. Le 14, une grosse bande leur vint de Maulevrier. Le chef était Stofflet, un ancien soldat, fils d’un meunier de Lorraine, qui avait servi sous M. de Maulevrier et était son garde-chasse. C’était, comme Cathelineau, un homme d’environ quarante ans, intrépide, mais rude et féroce.

L’armée, grossie jusqu’au nombre d’environ quinze mille hommes, se présenta devant Cholet. Elle poussait devant elle trente malheureux jeunes gens, faits prisonniers à Chemillé, pour essuyer les premiers coups. Un homme se détacha seul et pénétra dans la ville. Il avait la tête et les pieds nus, tenait un crucifix avec une couronne d’épines, d’où pendait un long chapelet. Il tournait les yeux vers le ciel et criait d’un ton lamentable : « Rendez-vous, mes bons amis ! ou tout sera mis à feu et à sang. »

Deux messagers suivirent de près, avec une sommation signée. : le commandant Stofflet et l’aumônier Barbotin.