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titude des coups terribles et mortels qui frappaient à la fois la France. La jovialité de Danton le 10 au matin, le tragique sourire par lequel il répondit aux demandes de Fonfrède, indiquaient suffisamment que le péril était au comble. Tel il était dans les situations extrêmes et quasi désespérées. Tel il avait été au 10 août et au moment de l’invasion prussienne. Au 10 mars 1793, le danger était plus grand.

Voyons tout ce que Danton savait le 9 au matin.

Il savait que Lyon, ne pouvant faire encore un maire ouvertement royaliste, en avait fait un girondin ; que les bataillons des Fils de famille s’étaient emparés de l’arsenal, de la poudre et des canons ; que l’intrépide Legendre, envoyé par la Convention, sans force et sans troupes, n’ayant rien en mains que la Commune révolutionnaire, lui avait laissé faire la démarche audacieuse d’arrêter ce maire, dans la nuit du 4. — Qu’adviendrait-il de cette audace ? On ne le savait pas encore. Le 10 peut-être, Legendre, on pouvait le croire, était massacré, le drapeau blanc à Fourvières, les Sardes en marche sur Lyon.

Danton savait parfaitement le tragique événement qui, le 3 mars, fit trembler toute la Bretagne, décida l’insurrection… L’agent de Danton, Latouche, venu d’Angleterre, avait révélé, transmis à l’agent spécial de la Convention le fil fatal de la grande trame qui enveloppait la presqu’île. Celui-ci, Morillon-Laligant, devait recevoir un corps de sept mille hommes. Des