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Un remède brutal, exécrable, venait à quelques esprits. « Si les Girondins sont l’obstacle, il n’y a rien de plus simple : égorgeons les Girondins. »

Autrement dit : « Dans le moment où nous voulons l’unité, où nous attaquons la Gironde comme ennemie de l’unité, nous allons en l’égorgeant, commencer la guerre civile. »

Cette abominable folie, il faut le dire, ne peut être reprochée en mars à aucun des grands meneurs révolutionnaires : ni à Danton, ni à Robespierre ou aux Jacobins, ni à la Commune, ni à Marat même. Le soupçon de la Gironde à ce sujet est véritablement injuste. Ils ne voulaient nullement qu’elle pérît ; ils voulaient qu’elle fût neutralisée, qu’elle ne pût faire obstacle à l’absolue concentration des pouvoirs, à la création du tribunal révolutionnaire.

Marat a dit que, dans ces jours d’émotion, il avait averti les sociétés patriotiques, essayé de les contenir : « J’aurais, dit-il, couvert de mon corps les représentants du peuple. » Je ne crois pas qu’il ait menti. Le plus simple bon sens indique que le meurtre des Girondins eût alors perdu la Montagne, l’eût à jamais empêchée de prendre le gouvernail de la Révolution.

Mais Marat était encore le meilleur des maratistes. Ce nom odieux d’homme d’État qu’il donnait aux Girondins, ses disciples et imitateurs le lui donnaient à lui, Marat. Ils prenaient en pitié sa modération, ses ménagements politiques.