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en comble ; on allait jusqu’à dire que les Autrichiens avaient eu l’atrocité d’égorger les chirurgiens qui auraient soigné les blessés français… La sensibilité fut extrême pour les Liégeois fugitifs ; ils furent reçus avec cordialité, une effusion admirable qui honore à jamais l’âme de la France. La maison de Ville, devint leur maison ; on y reçut leurs archives ; le transport qui en fut fait à travers Paris fut une solennité touchante. C’était Liège elle-même, avec tout son droit antique, qui venait s’asseoir au foyer de la grande ville. On fonda, pour la recevoir, la fête de la Fraternité.

L’émotion du banquet du 10 mars fut profonde et forte, non passagère, non de celles qui s’évanouissent après le repas, avec la fumée du vin. Une seule section, la Halle-au-Blé, l’une des moins misérables, parce que son commerce est fixe, celle peut-être qui avait le moins de bras inactifs, donna le dimanche mille volontaires qui, le soir, défilèrent aux Jacobins. Ces hommes forts, pour qui les paroles sont des actes, réalisèrent à l’instant par le dévouement et le sacrifice ce que le cœur leur dictait pour le salut de la France, pour la vengeance de Liège, pour la cause des libertés du monde. Les porteurs spécialement, ou, comme ils s’appelèrent eux-mêmes dès ce jour, les Forts pour la Patrie, s’en allèrent, laissant leur famille, laissant leur métier, leurs salaires honnêtes, pour souffrir, combattre avec une armée sans pain.

Voilà le mouvement populaire des 9 et 10 mars 1793,