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augures. Ils la voyaient déjà, en esprit, marcher à travers l’Europe, comme une invincible trombe. Ils croyaient que les individus, bons ou mauvais, fidèles ou non, emportés d’un tel tourbillon, seraient bien forcés d’aller droit. Dumouriez, bon gré mal gré, irait comme l’épée fatale de la liberté, dirigée d’en haut. Brissot n’était pas seulement fanatique, il était dévot à la Révolution, et, comme tout dévot, croyait aux miracles ; il croyait d’une ferme foi qu’avec ou sans instrument, avec ou sans moyens humains, sa divinité vaincrait… De grands signes lui semblaient apparaître à l’horizon ; l’Angleterre était en fermentation ; la Tour de Londres branlait… L’Irlande, exhumée du sépulcre, jetait son linceul. Des bataillons nationaux se formaient sous le double emblème de la harpe et du bonnet de l’égalité. L’aimable et jeune Fitz-Gerald, qui venait à Paris fraterniser avec la France, jurait qu’au premier signal l’Irlande allait se soulever. L’Angleterre, attaquée derrière par les Irlandais, devant par la France, ne verrait plus qu’ennemis.

Plusieurs historiens assurent que M. Pitt, jaloux de mettre les premiers torts de notre côté, fit tout pour mystifier le crédule Brissot et lui faire proposer la déclaration de guerre. C’est ignorer tout à fait la France d’alors et la Gironde. La pensée nationale, et le plan des Girondins, dès longtemps arrêté d’avance, était de prendre partout l’offensive, de lancer par toute la terre la croisade de la liberté. Cela était audacieux, mais cela était raisonnable ; au lieu d’at-