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Quelque triste que fût l’affaire, il faut dire pourtant que la conscience nationale la ressentit vivement. Plusieurs de ceux qui y trempèrent en restèrent inconsolables. J’ai sous les yeux un procès-verbal de la section de Bonconseil (Archives de la police), où l’on voit un citoyen qui vient avec larmes avouer qu’il a eu la faiblesse de recevoir du sucre à la distribution qui s’en faisait ; il a suivi le torrent, il se repent, il craint de rester indigne du titre de citoyen.

Ces violences déplorables n’étaient pas toujours, on le voit, les témoignages certains d’une profonde immoralité. Encore moins pouvait-on supposer que ceux qui accomplissaient de tels actes étaient imbus de doctrines anti-sociales. La France d’alors était naïve, emportée, aveugle, bien plus que celle d’aujourd’hui… Elle n’en prêtait que mieux le flanc aux furieuses accusations des contre-révolutionnaires. Abandonnée peu à peu des sympathies de l’Europe, de moins en moins visitée des étrangers, elle devenait une espèce d’île sur laquelle on pouvait mentir à l’aise, entasser les fictions, comme les géographes du Moyen-âge sur les régions inconnues. La bruyante trompette irlandaise que louait M. Pitt à deux mille francs par mois, Burke, avait donné à nos ennemis la formule qu’ils développèrent, définissant la Révolution française par ce vers de Milton : « Monstre informe, enfanté du chaos et de l’enfer. » Monti amplifia ce texte dans le poème où il célèbre l’assassinat de Basville. La Convention pour lui est le Pandé-