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arrêtant la spéculation, amènerait la pénurie, la disette de toutes choses, et par là, infailliblement, enchérirait les denrées. Marat, non moins ignorant et non moins aveugle, souffrant aussi (il faut le dire) de l’extrême détresse du peuple qu’il voyait de près, formula avec une violence furieuse les colères de la multitude. Chose étrange ! et qui peint la mobilité de son caractère, il avait montré, le 12 février, une modération remarquable. Avec Buzot et la Gironde, il avait réprimandé énergiquement les signataires d’une pétition anarchique, qui voulaient dicter à la Convention une loi sur les subsistances, tirer d’elle un maximum. Et, le 23 février, il imprime ces paroles : « Le pillage des magasins, à la porte desquels on pendrait quelques accapareurs, mettrait fin à ces malversations… » Le lendemain 24, on pille. La foule, docile à son apôtre, enfonce les portes des boulangers, force les magasins d’épiciers, se distribue, en les taxant au prix qu’elle croit raisonnable, le savon, l’huile et la chandelle, des denrées même de luxe, le café et le sucre. Le désordre eût été peut-être plus loin, sans l’intervention des fédérés de Brest, qui étaient encore à Paris. Marat, accusé à la Convention, montra la sécurité, l’aplomb d’un fou furieux. La Gironde obtint, pour l’honneur national, que les tribunaux fussent chargés de poursuivre « les auteurs et instigateurs du pillage ».

Belle occasion pour les étrangers de définir la France un peuple de brigands et de voleurs.