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son compte à attendre, voulant voir comment, et en Angleterre et en France, irait la marée montante du fanatisme contre-révolutionnaire.

On travaillait la légende, on ornait de cent fictions le supplice du roi martyr. On montrait le mouchoir sanglant ; quelques-uns même ont assuré qu’il fut arboré à la Tour de Londres. On répandit le mot fameux : « Fils de saint Louis, montez au ciel [1]. »

Mais ce qui servit le mieux dans l’Europe la contre-révolution, ce furent les récits exagérés, amplifiés, qu’on fit partout des pillages de Paris. Vers la fin de février, la création récente d’un nouveau milliard d’assignats, sans autre gage que la vente future des biens de l’émigration, ébranla la confiance. La monnaie de papier baissa de valeur. L’ouvrier dont la journée n’était pas augmentée se trouva recevoir dans l’assignat de même titre, une valeur réellement moindre, insuffisante à ses besoins. Il recevait moins, et le boulanger, l’épicier, lui demandaient davantage. Sa fureur se tourna contre eux, contre tout le commerce, contre l’accaparement. Tous demandaient que la loi imposât au marchand un maximum des prix qu’il ne pourrait dépasser. Ils ne songeaient pas qu’une telle mesure,

  1. Le confesseur lui-même a imprimé un mot tout différent. — Pour le mot inventé, un de mes amis, fort jeune alors, l’a vu et entendu faire. Les pavillons qu’on voit à l’entrée des Champs-Élysées étaient encore occupés par un restaurateur. Deux journalistes, pour assister à l’exécution, allèrent y dîner. « Qu’aurais-tu dit à la place du confesseur ? dit l’un des deux à son ami. — Rien de plus simple ; j’aurais dit : Fils de saint Louis, montez au ciel ! »