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nos officiers de marine, qui tous étaient sortis de France, nous livrait à l’ennemi. Ah ! quiconque a du souvenir, quiconque se rappelle la situation où la France resta deux cents ans, tant que les Anglais possédèrent Calais, intervenant dans nos affaires, pillant la contrée, pillant le détroit, celui, dis-je, qui s’en souvient, croira ne pouvoir trop maudire les fous criminels qui, par leur désertion, ouvraient nos ports aux Anglais.

Qui donc défendit la France ? La Bretagne républicaine ; que ce soit sa gloire immortelle. Oui, quelques centaines de bourgeois des villes, des paysans (spécialement ceux du Finistère), allèrent d’eux-mêmes servir les batteries des côtes, marchèrent en fortes patrouilles le long de la mer, attendant chaque nuit les descentes de Jersey, ayant derrière eux tout un peuple de sauvages fanatiques, devant eux les voiles anglaises. La France les oubliait, l’Angleterre les menaçait, l’émigration revenait, le sol tremblait sous leurs pas : ils restèrent debout et neutralisèrent un monde, de leurs bras prêts à frapper, de leurs regards héroïques.

Comment les Anglais ne profitaient-ils pas d’une telle situation ? Qui pouvait sérieusement les empêcher de débarquer ? Les émigrés de Jersey les en priaient à genoux. Charette les en pria bientôt ; on le voit dans les Mémoires de Mme de La Rochejaquelein.

M. Pitt, pour débarquer, voulait absolument un port, Lorient ou La Rochelle. Il trouvait d’ailleurs