Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 5.djvu/298

Cette page a été validée par deux contributeurs.


tude, l’égoïsme croissant des villes ; chacun restait chez soi ; on laissait quelques centaines de zélés crier seuls aux sections.

La troisième cause enfin de désorganisation, et ce n’était pas la moindre, c’était l’ardeur même des zélés, leurs mouvements désordonnés, irréguliers, nullement subordonnés à l’action générale, c’était l’inégalité d’action, les efforts discordants qui, tirant inégalement, disloquaient le tout. Les départements éloignés surtout, au milieu des plus grands dangers, dans leurs nécessités pressantes, agissaient à part et sans correspondre. Le Var, par exemple, levait ses contributions et les employait, créait une armée pour sa défense, gardait tout, les hommes et l’argent ; il ne pouvait, disait-il, rien distraire de ses forces en présence de l’ennemi.

La Convention avait plus à faire que de défendre l’existence de la France ; nos rois l’ont souvent défendue. Sa mission toute spéciale, infiniment difficile, qu’elle remplit par tous les moyens, c’était d’en fonder l’unité.

L’unité de la Patrie, l’indivisibilité de la République, c’est le mot saint et sacré de 1793.

Le sens de cette année terrible, qui ne rappelle à la plupart des hommes que la mort et la guerre civile, n’est pas une négation. Elle a un sens positif : la recherche du grand problème qui peut seul fonder la paix.

Point de vie hors l’unité. Nul axiome plus sûr. Ce n’était pas une question de curiosité scolastique,