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c’est Tallien, c’est Thuriot, c’est Collot d’Herbois ; de tous côtés volent l’injure, les cris les plus violents. Le pauvre homme restait interdit ne sachant à qui répondre.

Danton en eut pitié. Il sentit aussi, sans doute, qu’il ne fallait pas laisser porter le dernier coup à la vieille idole populaire qui représentait encore dans l’Assemblée l’âge humain de la Révolution. Il fît descendre Pétion, prit sa place, dit que sans doute il avait eu quelques torts, mais qu’enfin, pour lui, il ne pouvait l’accuser. Jamais l’union, la paix, n’avaient été plus nécessaires ; point de mesures violentes ; les visites domiciliaires, que quelqu’un avait proposées, semblaient inutiles à Danton. Il demanda qu’on changeât le ministère girondin, que Roland quittât l’intérieur ; et, d’autre part, il voulait qu’on divisât le ministère jacobin, que Pache ne restât pas seul ministre de la guerre. Il exprima ce vœu que l’Assemblée, la nation, fissent taire la discorde intérieure, tournassent leur énergie contre l’ennemi étranger ; que chacun oubliât ses haines, se réservât à la patrie, lui donnât sa vie et sa mort. Il parla de celle de Lepelletier, non pour la déplorer : « Heureuse mort ! dit-il d’un accent poignant, profond, d’une sincérité douloureuse. Ah ! si j’étais mort ainsi !… » Il y eut un grand silence : ce mot avait atteint les cœurs ; toute l’Assemblée tomba en pensée de l’avenir, et il n’y eut peut-être personne qui ne répétât pour lui-même, à voix basse, le vœu de Danton.