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Quel enseignement sérieux recommande Condorcet, dans son rapport sur l’instruction, quelle nourriture qui puisse donner à l’âme la force vitale et la substance ? Un peu de morale et d’histoire. Quelle morale ? Il fallait le dire. La société sera entièrement différente, selon la morale différente que vous mettrez à la base.

Lepelletier Saint-Fargeau, dans son remarquable plan d’éducation, lu à la tribune par Robespierre, est de même ici très bref et très vague. Il adopte, dit-il, les vues du comité sur le choix des études ; on donnera aux élèves des principes de morale, on gravera dans leur mémoire les plus beaux récits de l’histoire des peuples libres.

Saint-Just, dans ses Institutions politiques, ne touche même pas ce point. Il s’occupe du cadre de l’éducation, mais nullement du fond. Pas un seul mot de morale.

Le projet de Lakanal, inspiré de Sieyès et présenté après le 9 thermidor, voté par la Convention, n’est pas plus explicite sur cette question intime. Tous parlent de la forme extérieure de l’éducation, pas un de ce qu’on peut appeler le fonds, la substance, l’âme de l’éducation. Ils sont ou vagues ou muets sur cela, et cela, c’est tout.

Il ne faut pas trop s’étonner, dans cette incertitude du principe moral, si les discussions politiques vont flottantes et troubles. L’orage de la Convention ne tient pas seulement à l’exaspération des passions et des haines, mais autant et davantage à la fluctua-