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que la charpente d’un vaisseau, sa construction, tiennent à tout ce que les sciences ont de plus élevé et de plus abstrait… »

Puis, perdant tout son sang-froid, Dupont se jeta dans un furieux dithyrambe à la Diderot, peu philosophique et peu politique, très propre à compromettre son parti : « Quoi ! dit-il, les trônes sont renversés, les rois expirent, et les autels sont debout !… Et pourtant les trônes abattus laissent ces autels à nu, sans appui et chancelants ; un souffle de la raison suffit pour les faire disparaître… Croyez-vous donc fonder la République avec d’autres autels que celui de la Patrie ?… » Sa voix fut ici, de droite et de gauche, couverte par les vociférations des prêtres et évêques constitutionnels, nombreux dans la Convention. Alors s’emportant davantage, il répéta le cri d’Isnard : « La nature et la raison sont les dieux de l’homme, mes dieux… » (L’abbé Audiren : « On n’y tient plus… » Et il sort.) Dupont, s’animant encore plus : « Je l’avouerai à la Convention, je suis athée (Rumeurs ; quelques voix : « Qu’importe ? vous êtes honnête homme »)… Mais je défie un seul homme d’attaquer ma vie, mes mœurs… Je ne sais si les chrétiens de Durand pourront faire le même défi. »

L’emportement du Girondin, qui croyait ne nier le prêtre qu’en niant Dieu même, tournait contre son parti ; il avait pour effet naturel d’éloigner de la Gironde, de jeter de l’autre côté beaucoup d’âmes religieuses, une bonne partie du peuple.

Robespierre, bien plus habile, pendant cette dis-