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Sa prière fut de trois quarts d’heure. À huit heures, il entendit avec inquiétude le bruit du tambour, se promena dans la chambre et écouta attentivement. « Il me semble, disait-il, que j’entends le « trépignement des chevaux. » Ils ont ensuite déjeuné en famille ; la plus grande agitation régnait sur les visages. Après le déjeuner, au lieu de la leçon habituelle de géographie, il a fait avec son fils une partie au jeu de siam. On l’a prévenu que le maire allait venir, mais qu’il ne lui parlerait pas en présence de son fils. Il l’a embrassé et renvoyé. Le maire n’est venu qu’à une heure ; on a lu le décret qui ordonne que Louis Capet sera conduit à la barre de la Convention. « Je ne m’appelle point Capet, a-t-il dit ; mes ancêtres ont porté ce nom, mais jamais on ne m’a appelé ainsi… Au reste, c’est une suite des traitements que j’éprouve depuis six mois par la force… » Il ajouta encore : « Vous m’avez privé, une heure trop tôt de mon fils. » Il a demandé ensuite à passer sa redingote noisette par-dessus son habit. Au bas de l’escalier, les fusils, les piques, les cavaliers bleu de ciel dont il ignorait la formation, ont paru l’inquiéter. Dans la cour il a jeté un dernier coup d’œil sur la tour (où il laissait sa famille) ; on est parti. Il pleuvait. »

« Il ne donna dans la route aucun signe de tristesse, parla peu. Il demanda, en passant devant les portes Saint-Martin et Saint-Denis, laquelle on avait proposé de démolir. Entré aux Feuillants,