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religion, le mystère de l’incarnation monarchique, la bizarre fiction qui suppose la sagesse d’un grand peuple concentrée dans un imbécile, — gouvernement de l’unité, dit-on, comme si cette pauvre tête n’était pas ordinairement le jouet de mille influences contraires qui se la disputent.

Il fallait que la royauté fût traînée au jour, exposée devant et derrière, ouverte, et qu’on vît en plein le dedans de l’idole, vermoulue, la belle tête dorée, pleine d’insectes et de vers.

La royauté et le roi devaient être très utilement condamnés, jugés et mis sous le glaive. Le glaive devait-il tomber ? C’était une autre question. Le roi, confondu avec l’institution morte, n’était qu’une tête de bois, vide et creuse, rien qu’une chose. Que si l’on frappait cette tête et qu’on en tirât seulement une goutte de sang, la vie était constatée ; on recommençait à croire que c’était une tête vivante ; la royauté revivait.

L’opinion la plus prudente, à ce point de vue, la plus sage qui ait été émise dans le procès du roi, ne sortit ni de la Gironde ni de la Montagne. Ce fut celle de Grégoire et de Thomas Payne.

Grégoire votait avec la gauche et n’était ni Jacobin ni Montagnard. Payne avait été accueilli de la Gironde, était lié avec elle, mais n’était pas Girondin.

Tous deux étaient des esprits fort indépendants et qui passaient pour bizarres. Grégoire, sanguin,