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aux Jacobins. C’était un intime ami des hommes de la Commune et leur futur général, le poète, le militaire Ronsin ; Robespierre le fit plus tard guillotiner avec eux. Fut-il choisi du consentement de Cambon ? Je n’en fais nul doute. S’il en fut ainsi, il faut croire que le violent dictateur de la révolution agraire, délaissé de la Gironde, attaqué des Jacobins, ne se fît aucun scrupule de chercher des alliés au plus profond de la Montagne, et par delà Robespierre, hors de la Montagne même et de la Convention.

Cambon était dès lors fixé à la gauche, marié avec la gauche sans retour et sans divorce, voué à la suivre dans toutes ses mesures, non seulement à la mort du roi, qui, je crois, ne lui coûtait guère, mais à toutes les extrémités, aux dernières misères de 1793. Il endura tout et avala tout, excepté le 31 mai, qui lui arracha le cœur et qu’il n’a jamais pardonné.

Il avait entraîné la Montagne, au 15 décembre, et il en était entraîné. Il tua le roi avec elle, et en le tuant il crut avoir renversé la borne qui retenait la Révolution en France, l’empêchait de déborder. Le roi semblait le Dieu Terme, la limite et la barrière. Beaucoup crurent qu’on ne pouvait passer la frontière que sur son corps, qu’il fallait un sacrifice humain, un homme immolé au dieu des batailles.

L’autorité et l’exemple de celui qui représentait la révolution agraire durent peser beaucoup. Cette