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La France fut prise, ardente de bonté, d’amour, de bienveillance universelle, — enlevée par la main de fer, — plongée aux froides eaux des morts.


La discussion s’ouvrit le 13 novembre. Et Pétion demanda que préalablement on discutât si le roi était ou n’était plus inviolable.

Demande inepte qui portait à la Gironde, à la droite, le plus funeste coup, les rendant justement suspectes de vouloir faire avorter le procès.

L’inviolabilité ! elle était restée noyée dans le sang du Carrousel ; c’était une question oubliée, perdue. Comment Pétion pouvait-il ignorer tout ce qui s’était écoulé de siècles depuis quelques mois ? On savait bien en général qu’il y avait eu jadis une certaine constitution de 1791, vieilles lois antiques et surannées, déjà enterrées aux catacombes de l’histoire, entre Lycurgue et Minos. Mais, pour l’inviolabilité, on ne s’en souvenait même plus.

Pour achever le Girondin, il ne lui fallait plus qu’être appuyé des royalistes. S’en trouvait-il dans la Convention ?… Un Vendéen se présenta, audacieux et tremblant ; il fit bon marché de Louis XVI, dit qu’il ne le défendait pas, mais que, « malgré l’atrocité de ses forfaits », le roi restait inviolable.

Débuts maladroits et funestes qui ne firent rien qu’annuler, compromettre une bonne moitié de l’Assemblée. L’indignation des tribunes et du peuple se souleva, formidable, et le sang du 10 août se remit à bouillonner. Les violents en tirèrent une