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fit rien nulle part[1]. Le 6 au matin, entre huit et neuf, si près des assassinats, la cour du château étant souillée de sang, il vint se montrer au peuple, une cocarde énorme au chapeau, une badine à la main, dont il jouait en riant.

Pour revenir à l’Assemblée, il n’y eut pas quarante députés qui se rendissent au château. La plupart étaient déjà à la salle ordinaire, assez incertains. Le peuple qui comblait les tribunes fixa leur incertitude ; au premier mot qui fut dit d’aller siéger au château, il poussa des cris. Mirabeau se leva alors, et, selon son habitude de couvrir d’un langage fier son obéissance au peuple, dit « que la liberté de l’Assemblée serait compromise, si elle délibérait au palais des rois, qu’il n’était pas de sa dignité de quitter le lieu de ses séances, qu’une députation suffisait ». Le jeune Barnave appuya. Le président Mounier contredit en vain.

Enfin l’on apprend que le roi consent à partir pour Paris ; l’Assemblée, sur la proposition de Mirabeau, décide que, pour la session actuelle, elle est inséparable du roi.

Le jour s’avance. Il n’est pas loin de une heure… Il faut partir, quitter Versailles… Adieu, vieille monarchie !

  1. Tout ce qu’il paraît avoir fait, ce fut d’autoriser, le soir du 5 octobre, le buvetier de l’Assemblée à fournir des vivres au peuple qui était dans la salle.

    Rien n’indique qu’il ait agi beaucoup, du 14 juillet au 5 octobre, sauf une gauche et maladroite tentative que Danton fit en sa faveur près de La Fayette. (Voir les Mémoires de celui-ci.)