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Le roi avait la plus vive répugnance à partir de Versailles. Quitter la résidence royale, c’était pour lui la même chose que quitter la royauté. Il avait, quelques jours auparavant, repoussé les prières de Malouet et autres députés, qui, pour s’éloigner de Paris, le priaient de transférer l’Assemblée à Compiègne. Et maintenant il fallait laisser Versailles pour s’en aller à Paris, traverser cette foule terrible… Qu’arriverait-il à la reine ? On n’osait presque y penser.

Le roi fit prier l’Assemblée de se réunir au château. Une fois là, l’Assemblée et le roi, se trouvant ensemble, avec l’appui de La Fayette, des députés auraient supplié le roi de ne point aller à Paris. On eût présenté au peuple cette prière comme le vœu de l’Assemblée. Tout le grand mouvement finissait ; la lassitude, l’ennui, la faim, peu à peu chassaient le peuple, il s’écoulait de lui-même.

Il y eut dans l’Assemblée, qui commençait à se réunir, hésitation, fluctuation.

Personne n’avait de parti pris, d’idée arrêtée. Ce mouvement populaire avait pris tout le monde à l’improviste. Les esprits les plus pénétrants n’y avaient rien vu d’avance. Mirabeau n’avait rien prévu, ni Sieyès. Celui-ci dit avec chagrin, quand il eut la première nouvelle : « Je n’y comprends rien, cela marche en sens contraire. »

Je pense qu’il voulait dire : contraire à la Révolution. Sieyès, à cette époque, était encore révolutionnaire, et peut-être assez favorable à la branche