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d’armes ?), gens rudes et qui frappent fort, qui, de plus, toujours altérés par le feu, boivent fort aussi.

Vers six heures, ces gens mêlés de Versailles et de Paris escaladent ou forcent les grilles, puis s’avancent dans les cours, avec crainte, hésitation. Le premier qui fut tué l’aurait été par une chute, à en croire les royalistes, en glissant dans la cour de marbre. Selon l’autre version, plus vraisemblable, il fut tué d’un coup de fusil, tiré par les gardes du corps.

Les uns se dirigeaient à gauche, vers l’appartement de la reine, les autres à droite, vers l’escalier de la chapelle, plus près de l’appartement du roi. À gauche, un Parisien qui courait des premiers, sans armes, rencontre un garde du corps qui lui donne un coup de couteau ; on tue le garde du corps. À droite allait en avant un milicien de la garde de Versailles, un petit serrurier, les yeux enfoncés, fort peu de cheveux, les mains gercées par la forge[1]. Cet homme et un autre, sans répondre au garde qui était descendu de quelques marches et lui parlait sur l’escalier, s’efforçaient de le tirer par son baudrier, pour le livrer à la foule qui venait derrière. Les gardes le ramenèrent à eux ; mais deux d’entre eux furent tués. Tous s’enfuient par la grande galerie, jusqu’à l’Œil-de-Bœuf, entre les appartements du roi et de la reine. D’autres gardes y étaient déjà.

La plus furieuse attaque avait été faite vers l’appartement de la reine. La sœur de sa femme de chambre,

  1. Déposition du garde du corps Miomandre. (Moniteur, I, 566.)