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sur la terrasse de l’eau, regardait, applaudissait. À Passy, où le duc d’Orléans avait loué une maison, Mme de Genlis était à son poste, criant, agitant un mouchoir, n’oubliant rien pour être vue.

Le mauvais temps qu’il faisait ralentit beaucoup la marche. Beaucoup de gardes nationaux, ardents tout à l’heure, se refroidissaient. Ce n’était plus là le beau 14 juillet. Une froide pluie d’octobre tombait. Quelques-uns restaient en route ; les autres pestaient et allaient. « Il est dur, disaient de riches marchands, pour des gens qui, dans les beaux temps, ne vont à leurs maisons de campagne que dans leurs voitures, de faire quatre lieues par la pluie… » D’autres disaient : « Nous ne pouvons faire une telle corvée en vain. » Et ils s’en prenaient à la reine ; ils faisaient des menaces folles, pour paraître bien méchants.

Le château les attendait dans la plus grande anxiété. On pensait que La Fayette faisait semblant d’être forcé, mais qu’il profiterait de la circonstance. On voulut voir encore à onze heures si, la foule étant dispersée, les voitures passeraient par la grille du Dragon. La garde nationale de Versailles veillait et ferma le passage.

La reine, au reste, ne voulait point partir seule. Elle jugeait avec raison qu’il n’y avait nulle part de sûreté pour elle, si elle se séparait du roi. Deux cents gentilshommes environ, dont plusieurs étaient députés, s’offrirent à elle pour la défendre et lui demandèrent un ordre pour prendre des chevaux de ses