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fortune), mais offrir au paysan de s’en racheter à des conditions modérées.

Le vicomte de Noailles n’était pas au club, mais il eut vent de la proposition, et il en déroba la glorieuse initiative. Cadet de famille et ne possédant nuls droits féodaux, il fut encore plus généreux que le duc d’Aiguillon. Il proposa non seulement de permettre le rachat des droits, mais d’abolir sans rachat les corvées seigneuriales et autres servitudes personnelles.

Cela fut pris pour une attaque, une menace, rien de plus. Deux cents députés arrivèrent. On venait de lire un projet d’arrêté où l’Assemblée rappelait le devoir de respecter les propriétés, de payer les redevances, etc.

Le duc d’Aiguillon produisit un tout autre effet.

Il dit qu’en votant la veille des mesures de rigueur contre ceux qui attaquaient les châteaux, un scrupule lui était venu, qu’il s’était demandé à lui-même si ces hommes étaient bien coupables… Et il continua avec chaleur, avec violence, contre la tyrannie féodale, c’est-à-dire contre lui-même.

C’était le 4 août, à huit heures du soir, heure solennelle où la féodalité, au bout d’un règne de mille ans, abdique, abjure, se maudit.

La féodalité a parlé. Le peuple prend la parole. Un bas Breton, en costume de bas Breton, député inconnu, qui ne parla jamais ni avant ni après, M. Le Guen de Kerengal, monte à la tribune et lit environ vingt lignes accusatrices et menaçantes. Il