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coup et se trouva héroïque. Beaucoup de nobles, d’émigrés, se signalèrent dans les grandes guerres de l’Empire. Peut-être, s’ils s’étaient entendus, serrés ensemble, auraient-ils quelque temps arrêté la Révolution. Elle les trouva dispersés, isolés, faibles de leur isolement. Une cause aussi de leur faiblesse, très honorable pour eux, c’est que beaucoup d’entre eux étaient de cœur contre eux-mêmes, contre la vieille tyrannie féodale, qu’ils en étaient à la fois les héritiers et les ennemis ; élevés dans les idées généreuses de la philosophie du temps, ils applaudissaient à cette merveilleuse résurrection du genre humain, et faisaient des vœux pour elle, dut-il en coûter leur ruine.

Le plus riche seigneur, après le roi, en propriétés féodales était le duc d’Aiguillon[1]. Il avait les droits régaliens dans deux provinces du Midi. Le tout d’origine odieuse, que son grand-oncle Richelieu s’était donné à lui-même. Son père, collègue de Terray, ministre de la banqueroute, avait été méprisé encore plus que détesté. Le jeune duc d’Aiguillon éprouvait d’autant plus le besoin de se rendre populaire ; il était, avec Duport, Chapelier, l’un des chefs du club breton. Il y fit la proposition généreuse et politique de faire la part au feu dans ce grand incendie, d’abattre une partie du bâtiment pour sauver le reste ; il voulait, non pas sacrifier les droits féodaux (beaucoup de nobles n’avaient nulle autre

  1. Alex. de Lameth, Histoire de l’Assemblée constituante, I, 96.