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C’est du droit qu’il fallait parler, dans un tel moment[1], c’est le droit qu’il fallait attester, revendiquer pour le peuple. On avait cru jusque-là qu’il n’avait que des devoirs.

Quelque haut et général que soit un tel acte, et fait pour durer toujours, peut-on bien lui demander de ne rappeler en rien l’heure agitée de sa naissance, de ne pas porter le signe de la tempête ?

La première parole est dite trois jours avant le 14 juillet et la prise de la Bastille ; la dernière, quelques jours avant que le peuple n’amène le roi à Paris (6 octobre)… Sublime apparition du droit entre l’orage et l’orage.

Nulles circonstances ne furent plus terribles, nulle discussion plus majestueuse, plus grave, dans l’émotion même. La crise prêtait des arguments spécieux aux deux partis.

« Prenez garde, disait l’un, vous enseignez à l’homme son droit, lorsqu’il le sent trop bien lui-même ; vous le transportez sur une haute montagne, vous lui montrez son empire sans limites… Qu’adviendra-t-il, lorsque, descendu, il se verra arrêté par les lois spéciales que vous allez faire, lorsqu’il va rencontrer des bornes à chaque pas ? » (Discours de Malouet.)

Il y avait plus d’une réponse, mais certainement la plus forte était dans la situation. On était en pleine

  1. De droit et de liberté seulement : rien de plus d’abord, dans cette charte d’affranchissement. Je m’explique davantage dans l’Introduction et les autres volumes.