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dit : « Que n’est-ce la reine ! » Et ce mot tomba encore… Toutes les petites intrigues furent comme noyées dans ce mouvement immense ; tout misérable intérêt périt dans l’élan de ce jour sacré.

Le pauvre duc d’Orléans alla le matin du 15 au château, au conseil. Mais il resta à la porte. Il attendit, puis écrivit, non pas pour demander la lieutenance générale, non pour offrir sa médiation (comme il était convenu entre lui, Mirabeau et quelques autres), mais pour assurer le roi, en bon et loyal sujet, que si les temps devenaient plus fâcheux, il passerait en Angleterre. Il ne bougea tout le jour de l’Assemblée, de Versailles, le soir alla au château[1] ; contre toute accusation de complot, il s’assurait l’alibi, il se lavait les mains pour la prise de la Bastille. Mirabeau fut furieux et dès lors s’éloigna de lui. Il dit (j’adoucis les termes) : « C’est un eunuque pour le crime ; il voudrait, mais il ne peut ! »

L’homme du duc d’Orléans, Sillery-Genlis, pendant que le duc faisait antichambre à la porte du conseil, travaillait à le venger ; il lisait, faisait adopter un insidieux projet d’adresse, qui pouvait amoindrir l’effet de la visite du roi, lui ôter la grâce de l’imprévu, glacer d’avance les cœurs : « Venez, Sire, Votre Majesté verra la consternation de l’Assemblée, mais elle sera peut-être étonnée de son calme, » etc. Et en même temps il annonçait que des farines qui allaient à Paris avaient été arrêtées à Sèvres… « Que sera-ce, si cette nouvelle parvient à la capitale ! »

  1. Ferrières, I, 135 ; Droz, II, 342.