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La situation était terrible, dénuée, de peu d’espoir, à voir le matériel. Mais le cœur était immense, chacun le sentait grandir d’heure en heure dans sa poitrine. Tous venaient, à l’Hôtel de Ville, s’offrir au combat ; c’étaient des corporations, des quartiers, qui formaient des légions de volontaires. La compagnie de l’Arquebuse offrit ses services. L’école de chirurgie vint, Boyer en tête ; la basoche voulait passer devant, combattre à l’avant-garde ; tous ces jeunes gens juraient de mourir jusqu’au dernier.

Combattre, mais avec quoi : sans armes, sans fusils, sans poudre ?

L’Arsenal, disait-on, était vide. Le peuple ne se tint pas content. Un invalide et un perruquier firent sentinelle aux environs, et bientôt ils virent sortir une grande quantité de poudre qui allait être embarquée pour Rouen. Ils coururent à l’Hôtel de Ville et obligèrent les électeurs de faire apporter ces poudres. Un brave abbé se chargea de la mission périlleuse de les garder et de les distribuer au peuple[1].

Il ne manquait plus que des fusils. On savait qu’il y avait un grand dépôt dans Paris. L’intendant Berthier en avait fait venir trente mille, et il avait ordonné la fabrication de deux cent mille cartouches. Le prévôt ne pouvait ignorer ce grand mouvement de l’intendance. Pressé d’indiquer le dépôt, il dit

  1. L’abbé Lefebvre d’Ormesson, un homme héroïque. Personne ne rendit un plus grand service à la Révolution et à la ville de Paris. Il resta quarante-huit heures sur le volcan, parmi les furieux qui se disputaient la poudre ; on tira sur lui plusieurs coups ; un ivrogne vint fumer sur les tonneaux ouverts, etc.