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achever ce que la contagion révolutionnaire avait commencé.

Ces Gardes-françaises, habitués dans Paris, mariés pour la plupart, avaient vu supprimer peu auparavant par le colonel, un homme dur, M. du Châtelet, le dépôt où l’on élevait gratis les enfants de troupe. Le seul changement qu’on fit aux institutions militaires, on le fit contre eux.

Pour bien apprécier ce mot : institution de l’armée, il faut savoir qu’au budget de ce temps, les officiers comptaient pour quarante-six millions, les soldats pour quarante-quatre[1]. Il faut savoir que Jourdan, Joubert, Kléber, qui d’abord avaient servi, quittèrent l’état militaire, comme une impasse, une carrière désespérée. Augereau était sous-officier d’infanterie. Hoche était sergent des Gardes-françaises, Marceau soldat ; ces jeunes gens de grand cœur et de haute ambition étaient cloués là pour toujours. Hoche, qui avait vingt et un ans, n’en faisait pas moins son éducation, comme pour être général en chef ; littérature, politique, philosophie même, il dévorait tout. Faut-il dire que ce grand homme, pour acheter quelques livres, brodait des gilets d’officiers et les vendait dans un café[2] ! La faible paye du soldat était, sous un prétexte ou l’autre, absorbée par des retenues que des officiers, dit-on, dissipaient entre eux[3]

  1. Necker, Administration, II, 422, 435 (1784).
  2. Rousselin, Vie de Hoche, I, 20.
  3. Le seul régiment de Beauce se croyait frustré de la somme de deux cent quarante mille sept cent vingt-sept livres.