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blaient n’attendre qu’un signal contre les hommes de plume. Le comte d’Artois, au milieu de ces bravades, devint ivre d’insolence, jusqu’à faire dire au Jeu de paume qu’il jouerait le lendemain.

L’Assemblée se retrouve donc, au lundi matin, sur le pavé de Versailles, errante, sans feu ni lieu. Digne amusement pour la cour. Le maître de la salle a peur, craint les princes. L’Assemblée ne réussit pas mieux à la porte des Récollets où elle s’en va frapper ; les moines n’osent se compromettre… Quels sont donc ces vagabonds, cette bande dangereuse devant laquelle se ferment toutes les portes ?… Rien que la nation elle-même.

Et pourquoi ne pas délibérer sous le ciel ? Quel plus noble lieu d’assemblée ? Mais ce jour même la majorité du Clergé veut venir siéger avec les Communes. Où les recevoir ? Heureusement, déjà les cent trente-quatre curés et quelques prélats à leur tête s’étaient établis le matin dans l’église de Saint-Louis. L’Assemblée y fut introduite dans la nef, et les ecclésiastiques, d’abord réunis dans le chœur, en sortirent pour venir prendre place dans son sein. — Beau moment, et de joie sincère ! « Le temple de la religion, dit un orateur ému, devint celui de la patrie. »

Ce même jour, lundi 22, Necker bataillait encore en vain. Son projet, funeste à la liberté parce qu’il y conservait une ombre de modération, fit place à un autre plus franc, plus propre à mettre les choses dans leur véritable jour. Necker n’était plus qu’un