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que si les privilégiés accordent au Tiers, en aumône, l’égalité de l’impôt, tout va s’arranger de soi-même[1]. De là trois éloges, dans les trois discours, pour le sacrifice des ordres supérieurs qui veulent bien renoncer à leurs exemptions. Les éloges vont crescendo, jusqu’à Necker, qui ne voit aucun héroïsme comparable dans l’histoire.

Ces éloges, qui ont plutôt l’air d’une invitation, annoncent trop clairement que ce sacrifice admirable et tant loué n’est pas fait encore. Qu’il se fasse donc bien vite ! c’est toute la question pour le roi et les ministres, qui ont appelé là le Tiers comme épouvantail et le renverraient volontiers. De ce grand sacrifice ils n’ont encore que des assurances partielles, douteuses : quelques seigneurs l’ont offert, mais les autres se sont moqués d’eux. Plusieurs membres du Clergé, contre l’opinion connue de l’assemblée du Clergé, ont donné cette espérance. Les deux ordres n’ont pas hâte de s’expliquer là-dessus ; le mot décisif ne peut sortir de leur bouche, il reste à la gorge. Il faut deux mois, les plus graves, les plus terribles circonstances, disons-le, la victoire du Tiers, pour qu’enfin, le 26 juin, le Clergé vaincu renonce, et même alors la Noblesse promet seulement de renoncer.

  1. D’abord, pour ne parler que d’argent, de ce qu’on appelait l’impôt, ce n’était qu’une faible partie de l’impôt total, de ce qu’on payait à titres divers au Clergé, à la Noblesse, comme dîmes ou tributs féodaux. Et puis l’argent n’était pas tout. Il ne s’agissait pas pour le peuple de prendre par terre les quelques sous qu’on lui jetait, mais bien de prendre son droit, rien de plus et rien de moins.