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tifier, d’abaisser ces petites gens qui, aux élections, avaient fait les rois, de les rappeler à leurs basses origines… La faiblesse se jouait au dangereux amusement d’humilier une dernière fois les forts.

Dès le 3 mai, la veille de la messe du Saint-Esprit, les députés étant présentés à Versailles, à ce moment de cordialité, de facile émotion, le roi glaça les députés, qui presque tous arrivaient favorablement disposés pour lui. Au lieu de les recevoir mêlés par provinces, il les fît entrer par ordres ; le Clergé, la Noblesse d’abord… puis, après une pause, le Tiers.

On aurait voulu imputer ces petites insolences aux officiers, aux valets ; mais Louis XVI ne montra que trop qu’il tenait lui-même au vieux cérémonial. À la séance du 5, le roi s’étant couvert, et la Noblesse après lui, le Tiers voulut en faire autant, mais le roi, pour l’empêcher de prendre ainsi l’égalité avec la noblesse, aima mieux se découvrir.

Qui croirait que cette cour insensée se rappelât, regrettât l’usage absurde de faire haranguer le Tiers à genoux ? On ne voulut pas l’en dispenser expressément, et l’on aima mieux décider que le président du Tiers ne ferait pas de harangue. C’est-à-dire qu’au bout de deux cents ans de séparation et de silence, le roi revoyait son peuple et lui défendait de parler.

Le 5 mai, l’assemblée s’ouvrit, non chez le roi au château, mais dans l’avenue de Paris, à la salle des Menus. Cette salle, qui malheureusement n’existe