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bouillet. Qui dira tout ce que la Diane de Polignac, dirigeant habilement la Jules de Polignac, surprit de biens et d’argent ? La Révolution gâta tout. Elle écarta durement le voile gracieux qui couvrait la ruine publique. Le voile arraché laissa voir le tonneau des Danaïdes. La monstrueuse affaire du Puy-Paulin et de Fenestrange, ces millions jetés (entre la disette et la banqueroute), jetés par une femme insensée dans le giron d’une femme, cela dépassa de beaucoup tout ce qu’avait dit la satire. On rit, mais on rit d’horreur.

L’inflexible rapporteur du Comité des finances apprit à l’Assemblée un mystère que personne ne savait : « Le roi, pour les dépenses, est le seul ordonnateur. »

La seule mesure aux dépenses était la bonté du roi. Trop sensible pour refuser, pour affliger ceux qu’il voyait, il se trouvait en réalité dans leur dépendance. À la moindre velléité d’économie, on était triste, on le boudait. Il lui fallait bien se rendre. Plusieurs étaient plus hardis ; ils parlaient haut, fort et ferme, remettaient le roi à sa place. M. de Coigny (premier ou second amant de la reine, par ordre de date) refusa de se prêter à l’économie qu’on eût voulu faire d’un de ses gros traitements ; il fit une scène à Louis XVI, s’emporta. Le roi plia les épaules, ne répondit rien. Il dit le soir : « Vraiment, il m’aurait battu, que je l’aurais laissé faire. »

Il n’est pas de grande famille, faisant quelque perte, point de mère illustre mariant sa fille, son fils, qui ne tire argent du roi. « Ces grandes familles concourent à l’éclat de la monarchie, elles font la splendeur du