Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/103

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Elle a des devoirs qui l’absorbent, celui principalement de défendre jusqu’à la mort ces pieuses fondations dont elle est dépositaire, de n’en rien laisser dépérir, de les transmettre toujours augmentées. Là elle est vraiment héroïque, prête au martyre, s’il le faut. En 1788, l’État obéré, aux abois, ne sachant plus que prendre à un peuple ruiné, s’adresse suppliant au clergé, le prie de payer l’impôt. Sa réponse est admirable, digne de mémoire : « Non, le peuple de France n’est pas imposable à volonté. »

Invoquer le nom du peuple pour se dispenser de venir en aide au peuple ! Dernier point, vraiment sublime, où devait monter la sagesse pharisienne ! Vienne maintenant 1789 ! Ce clergé peut mourir, il n’irait jamais plus loin ; il a la consolation, si rare pour les mourants, d’avoir été au bout de ses voies.


IV


Le peuple, au dix-huitième siècle, n’espère rien du patronage, qui le soutint en d’autres temps, ni du clergé ni de la noblesse. Ils ne feront rien pour lui. C’est au roi qu’il croit encore, il reporte au petit Louis XV sa foi et son besoin d’aimer. Celui-ci, reste unique d’une si grande famille, sauvé comme le petit Joas, il est sauvé apparemment pour qu’il sauve lui-même les autres. On pleure à le voir, cet enfant !… Que de mauvaises années se passent ! On attend, on