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possédais, celle-ci, je la tenais, je l’embrassais et dans le détail si riche de sa variété sans bornes (feuillue comme les forêts de l’Inde où chaque arbre est une forêt) et, en regardant de haut, je voyais son harmonie douce, clémente, qui n’étouffe rien ; je saisissais le divin de son adorable unité.

Si richement abreuvé, alimenté de la nature, augmentant dans ma substance, j’eus un immense accroissement de solidité dans mon art, et (le dirai-je ? mais c’est vrai) un accroissement de bonté, l’insouciance, l’ignorance absolue des concurrences, par suite une vaste sympathie pour l’homme (que je ne voyais guère), pour la société, le monde (que je ne fréquentais jamais).

J’avais la sécurité d’un corps devenu ferme et fort où la bonne nourriture a changé et remplacé par atome et molécule tout ce qui fut faible d’abord. Je n’étais pas même effleuré des malveillances doctrinaires. Non moins indifférent étais-je aux embûches des catholiques. Tout ce que j’accumulais (sans y songer, sans le vouloir), ces faits certains, innombrables, ces montagnes de vérité qui, dans mon travail persistant, montaient, s’exhaussaient chaque jour, tout cela se trouvait contre eux. Nul d’entre eux n’eût pu deviner la solide, la profonde base que j’y trouvais, telle que je n’avais