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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/273

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véritables mêlés en un tout fabuleux. Les poètes n’imaginent pas non plus une vertu qui ne soit dans les choses humaines ; mais après l’avoir prise dans la réalité, ils l’exaltent jusqu’à l’incroyable pour en faire un type sur lequel ils forment leurs héros. Aussi les Grecs disent-ils dans leur mythologie que les Muses, les vertus de l’imagination, sont les filles de Mémoire.


§ III. — De l’ingenium.


L’Ingenium est la faculté d’amener à l’unité ce qui est séparé et divers : les Latins y joignent les épithètes diacutum et obtusum ; deux expressions tirées du sanctuaire de la géométrie : l’aigu pénètre plus promptement et rapproche la diversité, puisqu’il unit deux lignes en un point sous un angle plus petit qu’un droit ; mais l’obtus a plus de peine à entrer dans les choses, et laisse les choses diverses très éloignées sur la base, comme les deux lignes qu’il unit en un point hors de l’angle droit. L’esprit sera donc obtusum quand il unit avec lenteur, acutum quand il unit rapidement. Les Latins prennent l’un pour l’autre ingenium et natura. Est-ce parce que l’esprit humain est la nature de l’homme, ou parce que la fonction de l’ingenium c’est de saisir les relations des choses, de voir ce qui est convenable, décent, beau ou honteux, faculté qui est refusée aux brutes ? est-ce parce que de même que la nature engendre les choses physiques, de même l’ingenium humain engendre les choses mécaniques ? en sorte que Dieu est l’artisan de la nature, et l’homme le dieu de l’artificiel ? Là où est la science,