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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/214

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autre vient les toucher, elles s’y tournent tout entières. Au contraire, les rieurs ne considérant que légèrement une chose, s’en laissent facilement détourner par une autre. Les railleurs sont ceux qui s’éloignent le plus des hommes graves, et sont le plus rapprochés des bêtes, puisqu’ils défigurent l’apparence du vrai, et non seulement la défigurent, mais la bouleversent, par une violence qu’ils se font à eux-mêmes et à leur intelligence et à la vérité ; c’est de cela que parle le parasite Gnathon de la comédie :


 .   ... Postremo imperavi egomet mihi
Omnia attentari.

Ce qui est un en soi, ils le détournent et le plient à une autre chose; c’est une vérité que les poètes ont déposée dans leurs fables ; pour nous montrer que de telles gens sont comme intermédiaires entre l’homme et la bête, ils ont imaginé leurs satyres rieurs. La nature perverse des railleurs les laisse toujours pauvres du vrai divin, elle leur ferme toujours les trésors de la vérité ; et lorsqu’ils s’applaudissent de leurs dérisions sur les choses sérieuses, alors s’applique à eux le mot de la sagesse divine : Si sapiens fueris ; tibi ipse fueris; si derisor, tu solus damnum portabis.

Cette explication de la nature du rire nous fait voir pourquoi les personnages ridicules dans les comédies nous causent un plus vif plaisir lorsqu’ils font sérieusement leurs sottises, et pourquoi la plaisanterie est souvent si froide, quand c’est en riant qu’on veut faire rire les spectateurs. Et certes jamais une farce n’est plus plaisante que lorsque les mimes imitent, par leur phy-