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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/187

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étymologies ; Aristote fait de l’interprétation des mots une partie de la logique ; les stoïciens expliquaient souvent la nature des choses par des remarques sur les mots. Mais les grammairiens ont séparé cette science de la philosophie, et l’ont placée dans le domaine de l’autorité, en la considérant comme une histoire de mots ; ils la possèdent maintenant par prescription. J’entends ici par grammairiens les critiques ou érudits ; c’est le sens de ce mot dans Quintilien. Les continuelles excursions que les grammairiens et les jurisconsultes sont obligés de faire sur leurs domaines respectifs, montrent assez que la science de la signification des mots appartient véritablement à la philosophie du droit.

Le droit civil est ainsi défini dans Ulpien : Un droit qui ne s’écarte pas en tout du droit naturel des gens, qui ne s’en rapproche pas en tout, mais qui tantôt y ajoute, tantôt en retranche. Dans les parties où il s’en rapproche, il n’est autre que le droit naturel ; dans celles où il s’en éloigne, il est proprement civil.

Tirer les principes du droit naturel des écrits des jurisconsultes, c’est ce qu’on ne peut faire sans danger. Même sous l’empire où ils interprétaient les lois d’après les lumières de la raison naturelle, ils y portaient toujours l’esprit de la législation civile. Voilà ce qui explique pourquoi, au lieu de cette clarté qui entoure les principes des autres sciences, on ne trouve que difficultés et contradictions dans les définitions que donnent les jurisconsultes du droit naturel. Tirer les principes de ce droit de quelques doctrines de la philosophie des Grecs, c’est un pur jeu d’esprit. Jamais leurs philosophes ne parlèrent