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Page:Michelet - Œuvres complètes Vico.djvu/154

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impartiaux, nous dirons que si la critique donne au discours la vérité, la topique lui donne l’abondance. On peut remarquer dans la philosophie ancienne que les sectes les plus éloignées de la critique moderne exposèrent leurs doctrines avec le plus de développement. Les stoïciens qui, comme nos modernes, font de l’esprit humain la règle du vrai, présentent plus que tous les autres de sécheresse et de maigreur. Les épicuriens, qui rapportent aux sens le jugement du vrai, ont de la clarté et un peu plus de développement. Les anciens académiciens qui disaient, d’après Socrate, quils savaient pour toute chose quils ne savaient rien, avaient dans leurs discours l’abondance des neiges, l’impétuosité des torrents. C’est que les stoïciens et les épicuriens soutenaient les uns et les autres un seul côté de la dispute ; Platon penchait tour à tour vers le côté qui lui paraissait le plus vraisemblable ; et Carnéade défendait tour à tour les deux opinions opposées. — Le vrai est un, les choses vraisemblables sont nombreuses, les fausses infinies en nombre. Aussi, chacune des deux manières, prise exclusivement, est vicieuse : la topique saisit souvent le faux, la critique néglige le vraisemblable. Pour éviter l’un et l’autre défaut, il faudrait, à mon avis, que les jeunes gens apprissent d’abord toutes les sciences et tous les arts pour enrichir les lieux de la topique ; pendant ce temps ils se fortifieraient par le sens commun en se préparant à l’habileté pratique, et particulièrement à l’éloquence ; ils cultiveraient l’imagination et la mémoire au profit des arts qui s’appuient sur ces deux facultés ; enfin ils s’occuperaient de la critique, soumettraient à leur jugement tout ce qu’on leur aurait