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Bœscia, 1577, in-8°, ouvrage de morale qui eut une grande réputation, et qui en conserve assez pour que l’on ait reproché à Fontanini de ne lui avoir point donné place dans sa Bibliothèque italienne. 6° La Medicina d’amore, citée par Mazzuchelli : selon ce biographe, aucun de ceux qui ont parlé de cette production n’affirme qu’elle ait été imprimée. G-é.


ARNIM (Louis Achim d’)[1], célèbre romancier et poëte allemand, naquit à Berlin, le 26 janvier 1781[2]. Il appartenait à une famille opulente et noble, originaire du vieux Brandebourg ; aussi tous les secours d’une instruction abondante et toutes les ressources d’une éducation cultivée répondirent-ils aux brillantes dispositions que le jeune homme laissait voir dès son bas âge. Ses premiers goûts l’attirèrent vers l’histoire naturelle et les sciences physiques ; il s’y appliquait avec ardeur et non sans un succès remarquable, puisqu’il n’avait pas plus de dix-huit ans quand parut son livre intitulé : Recherches d’une théorie des phénomènes électriques (en allemand), Halle, 1799, in-8°. Il est naturel de penser que l’imagination tenait dans cet ouvrage bien plus de place que la science. Il est devenu aujourd’hui complétement inutile ; mais quand il parut, les savants y distinguèrent quelques aperçus ingénieux, et il valut parmi eux à son auteur une réputation précoce. Arnim fit insérer dès lors divers articles dans les Annales de physique de Gilbert (1799-1801), dans le Journal de chimie et dans les Archives pour la chimie théorique de A.-N. Schérer. Cependant, malgré son doctorat et un début qui semblait lui promettre beaucoup dans cette carrière, Arnim s’en dégoûta : la mobilité de son imagination, la pétulance de son esprit, la lui firent quitter pour les lettres et la poésie ; et on lui doit la justice de dire qu’il s’est assez distingué dans ces nouvelles études pour ne laisser ni à lui-même ni aux autres de regrets sur son changement. Le grand mouvement poétique qui, sous l’impulsion d’un ou de deux écrivains de génie, agitait alors la littérature allemande ; l’ébranlement de tant d’opinions jusqu’alors suivies sans examen ; l’esprit novateur le plus téméraire succédant a deux siècles de plate et servile imitation ; le projet avoué par les maîtres de renverser tout l’édifice des vieilles allégories poétiques, élevé sur les données de la mythologie grecque, pour en reconstruire un autre dont les sentiments et les opinions des âges chrétiens seraient la base ; le travail de régénération générale des arts qu’une foule de novateurs audacieux poussaient à l’unisson ; ces plans développés dans un nombre infini de livres, ces espérances prestigieuses que la nouveauté fait toujours naître, et que l’esprit aventureux de la jeunesse exagère souvent jusqu’à l’extravagance ; tout cela séduisit Arnim et le captiva sans partage. Il était tout a fait dominé par ces idées, quand il entreprit les voyages par lesquels on complète en Allemagne toute éducation libérale ; il parcourut quelques États de l’Europe, et visita surtout avec soin toutes les parties du vaste empire germanique. Il paraît avoir été principalement attentif, pendant ses voyages, à observer la société dans ses classes les moins cultivées ; partout il recueillait les traditions et les contes populaires, rassemblait les pièces de poésie conservées par tradition dans la bouche des habitants ; se mêlait partout au peuple pour l’étudier d’aussi près qu’il pouvait. C’est la qu’il a puisé les observations de mœurs répandues depuis dans ses romans ; elles leur donnent un caractère particulier de naturel et de gaieté, et mettent Arnim dans le nombre très-petit des moralistes ingénieux qu’a produits l’Allemagne. Fixé à Heidelberg, après son retour, il fit paraître les Révélations d’Ariel (Ariel’s Offenbahrungen, ein Roman), Goettingue, 1804, roman qui fit du bruit par son originalité, qui trouva des lecteurs, mais qui est oublié maintenant. Arnim s’occupa ensuite de publier, de concert avec un littérateur de ses amis, M. Clément Brentano, devenu plus tard son beau-frère, un recueil de chants populaires allemands, sous ce titre : l’Enfant au cor merveilleux (des Knaben Wunder-Horn, alte deutsche Lieden), dont la 1re partie, mise au jour à Heidelberg, en 1806, grand in-8°, fut suivie de deux autres en 1808. Le 1er volume seul a été réimprimé en 1819 ; Arnim y a inséré un morceau de prose sur les poésies populaires, qui est intéressant et curieux. Quant à l’ouvrage même, c’est un choix fait avec discernement et avec soin de toutes les chansons allemandes dans lesquelles le caractère de la nation est le plus fidèlement exprimé, et qui, caressant les sentiments favoris du peuple, sympathisant avec l’esprit qui l’animait, sont devenues populaires, sans que toutes ces poésies aient, à beaucoup prés, été composées pour le peuple, ni, bien moins encore, par des gens du peuple. Ce recueil embrasse les trois derniers siècles ; aucun genre n’en est exclu : on y rencontre des cantiques catholiques et des hymnes huguenots ; des chants de guerre et d’extermination contre la réforme, et des chants d’insurrection des confédérés contre Charles-Quint ; des romances, des légendes, des ballades, des chansons d’artisans, le plus souvent bouffonnes et grotesques ; des complaintes de chanteurs de foires et de carrefours ; il serait possible d’y suivre, pour ainsi dire, le reflet des superstitions, des affections et des haines qui ont régné depuis trois cents ans sur les populations de l’Allemagne. Le 1er volume obtint, dès son apparition, l’estime des connaisseurs, et il l’a conservée. Goethe, qui en avait agréé la dédicace, en rendit, dans un journal littéraire du temps, un compte détaillé fort avantageux, qui a été reproduit dans la collection de ses œuvres[3]. Toutefois il faut dire que, si, comme monument poétique, ce recueil a mérité de grands témoignages d’estime, une critique sévère aurait eu droit d’exiger des auteurs, sous le rapport historique, quelques éclaircissements sur les sources dans lesquelles ont été puisés

  1. La seule biographie française qui jusqu’à ce jour ait consacré une notice a cet écrivain altère l’orthographe de son nom.
  2. D’autres auteurs ont fait naître Arnim à Brandebourg, en 1785 ; mais, si cette opinion était fondée, Arnim, à la publication de son premier ouvrage, n’aurait pas eu quatorze ans.
  3. Vollstaendige letzer Hand Ausgabe, t. 33, p. 175 et suiv.